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Franz West : communiqué de presse

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Artiste(s) : Franz West

Galerie Carrée, Villa Arson, Nice
19 novembre 1995 - 14 janvier 1996

Vernissage le 18 novembre à 17 heures

Intervention de Robert Fleck à 18 heures


Corps, névroses et vidéos

L’homme est un Dieu à prothèses.
Sigmund Freud

Les habitués de la Villa Arson connaissent la pièce en situation de Franz West, Farbstudie (Étude de couleur), version praticable de Fontaine l’urinoir de Marcel Duchamp, qui surplombe la ville de Nice comme pour donner à son usager, le temps de cet acte subversif, une impression de toute-puissance et, face au cimetière de Saint-Barthélémy, lui rappeler la précarité de son existence corporelle. La Villa Arson consacre une exposition personnelle à cet artiste autrichien qui y résida souvent et dont le travail est peu connu en France. Certaines des œuvres sont exposées dans une nouvelle version, d’autres sont spécialement créées pour la Villa Arson avec la participation d’étudiants et de différents artistes tels que Martin Kippenberger, Peter Kogler, Polanski, Hans Weigand ou Heimo Zobernig. À côté du travail de Franz West, on pourra voir aussi des vidéos. Le jour de l’inauguration, le critique d’art Robert Fleck prononcera dans l’exposition une conférence sur Le Paradoxe du Comédien de Diderot et sur la critique de Kant par Schiller. Cette intervention fera l’objet d’un enregistrement vidéo qui sera diffusé parmi les œuvres.

Né en 1947, à Vienne, Franz West est l’une des figures les plus significatives de l’art des années 90. Dans les années 60, West fréquente le milieu de l’Actionnisme viennois, mais il se garde bien de donner cours à ses velléités artistiques. Le contexte est, en effet, fortement marqué par l’opposition entre les rituels fétichistes des actionnistes, d’une part, et le credo conceptuel du Wiener Gruppe, d’autre part. West résiste donc et part sur d’autres routes.
Ce n’est qu’entre 1971 et 1974 qu’il réalise de premiers travaux qui se présentent comme des transcriptions colorées de partitions de musique. Les œuvres suivantes sont des collages photographiques, effectués à partir de magazines, qui tournent en dérision le corps héroïque des actionnistes. Court-circuitant le réseau des galeries d’art, West vend ses collages dans la rue.
Puis, de 1977 à 1982, il franchit un pas décisif en étudiant la sculpture dans la classe de Bruno Gironcoli à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne. Là, il réalise ses premiers Paßstücke, les fameuses pièces qui conviennent ou pièces d’habillement, des sculptures en plâtre, en papier mâché ou en polyester, posées sur des socles, mais destinées à être portées et déplacées par le public.
Découvert par Harald Szeemann et Kasper König, West apparaît ainsi sur la scène artistique au seuil des années 80, avec un travail qui renoue avec une certaine manualité et une certaine expressivité, en même temps que la nouvelle sculpture post-conceptuelle. Nourri des thèses de Lacan, Barthes ou Deleuze, West parle des Paßstücke comme de « visualisations de névroses ». Les formes étranges de ces prothèses à la blancheur clinique contraignent les personnes qui consentent à les mettre en action, à des positions absurdes proches de la performance. Szeemann souligne leur incomplétude et leur absence d’autonomie, ce sont « des états, des gestes arrêtés dans le déroulement du processus (de la sculpture)1 ». L’artiste entend renverser le mouvement de contemplation et faire passer le regardeur du côté de l’œuvre. En abolissant la fixité, il rétablit la notion de temps, de telle sorte que l’œuvre n’est plus gelée dans la pérennité de l’art.
Vers 1984, West aborde une série de reliefs monochromes qui intègrent des objets trouvés. Comme les sculptures, ces travaux sont associés à des titres qui découlent de ses lectures et, parfois, ils sont mis en regard avec leurs sources littéraires ou philosophiques.
Au seuil des années 90, West amorce une nouvelle phase par la réalisation d’éléments de mobilier - chaises, tables, lits et paravents - qu’il présente sur un socle bas comme des sculptures. Le public est invité à s’asseoir ou à s’allonger sur ces structures élégantes et précaires qui ne sont pas sans rappeler les divans élimés de la psychanalyse. On se souvient de l’installation somptueuse de soixante-dix sofas recouverts de tapis et de coussins pour le cinéma en plein air de la Documenta 9 de Cassel, en 1992, où les visiteurs harassés venaient se reposer sans toujours comprendre qu’il s’agissait d’une œuvre. Mesures de la forme humaine, ces pièces restituent un rapport au corps intime, quotidien et silencieux, en ramenant le geste créateur à un niveau individuel, intériorisé et dépourvu de pathos. Pour reprendre les mots de West : « This is the art of today, lying down on the bed looking up into space2 » (C’est cela l’art d’aujourd’hui, s’allonger sur le lit et regarder dans l’espace).

Catherine Macchi


Notes :
1. « Franz West ou le baroque de l’âme et de l’esprit en fragments séchés », in Art Press, n° 133, février 1989, p. 28.
2. Entretien avec Iwona Blaswick, James Livingwood et Andrea Schlieker, in catalogue d’exposition Possibles Worlds, sculpture from Europe, Londres, Institute of Contemporary Arts - Serpentine Gallery, 9 novembre 1990 - 6 janvier 1991, p. 85.